Aucune colère des dieux (même tropicale) ne mettra en péril ces dix jours de cinoch-champ’-robes-de-soirées-en-terrasse, ni ne nous privera du défilé annuel des astres du grand écran. Malgré l’organisation par une chaine cryptée d’un concours de situations embarrassantes en plein air, le Festival de Cannes reste plus que jamais la tribune idéale pour étrenner ses plus belles parures, et lancer à la face du monde ses convictions vestimentaires.

À l’image de Wes Anderson en Wallabees lors de cette édition, le tapis rouge du Palais des festivals voit parader depuis près de 70 ans, des trublions bien décidés à frapper de leur sceau stylistique l’interminable exercice de la montée des marches. On a sélectionné des bribes d’histoire cannoise qui ont marqué les esprits des amoureux du bien habillé sur la Croisette.





Le petit pull blanc de Jean Paul Sartre sur la plage, la clope au bec – 1947


En ce mois de septembre 1947, la cité azuréenne accueille pour la deuxième fois le gratin cinématographique mondial. Ce rendez-vous, pour l’heure sans paillettes, est alors réservé aux fins connaisseurs. Surtout une occasion inespérée pour ces professionnels du cinéma de se poser sur un transat entre deux projections, loin de l’effervescence francilienne, et de méditer vêtu d’un pull de mi-saison, à l’instar de l’écrivain-philosophe français.




Jack Nicholson, Dennis Hopper et Peter Fonda en hippies hallucinés – 1969



L’année de toutes les débauches. En pleine montée psychédélique, la team d’Easy Rider s’est trompée de festochet a débarqué sur les côtes cannoises les poches farcies de buvards. Précédée par une réputation de gros félés, la bande s’est fièrement affublée de vestes à franges, barbes de trois mois, et stetsons difformes. En décalage avec l’image festivalière classieuse de rigueur, ces joyeux lurons ont déridé la Croisette pour la décennie.




La silhouette androgyne et le col bateau de David Bowie – 1978 


Dans cette éternelle nuée de costumes sombres agglutinés aux abords des « marches de la gloire », la lumière ne pouvait émaner que de la pop star anglaise. Pour l’occasion, Bowie s’est laissé maquiller par son alter ego Ziggy Stardust. Dans un look androgyne flamboyant, le londonien s’est dandiné vêtu d’une veste gris métallisé ouverte sur un pull col bateau des plus précieux.




Steven Spielberg et sa casquette de baseball noire vissée sur la tête -1982


Venu présenter E.T. dans son plus beau smoking, le réalisateur américain ne pouvait pas monter sur scène sans son couvre-chef fétiche, et il a bien pris soin de l’enfoncer au maxi. Alors que sa visière au ras des mirettes aurait pu lui valoir quelques soucis avec les vigiles à l’entrée du Palais des festivals, Steven en est reparti avec l’étiquette de génie du 7ème art. Patron.




JCVD, le festival de grands écarts – 1992



Quand Jean-Claude Van Damme déboule à Cannes en 1992, il est le francophone le plus souple du monde, mais surtout le seul en passe d’intégrer le cercle le plus musclé d’Hollywood. Aucune alternative possible, ce festival sera sien ou ne sera pas. Outre sa fausse embrouille en tête-tête avec Dolph Lundgren, « The Muscles from Bruxelles » gratifiera l’essaim de photographes d’une tripotée de grands écarts faciaux “OK”, qui prouvent qu’un pantalon bien taillé ne craque jamais.




Matthieu Kassovitz, “y’a pas moyen que je mette un costard” – 1995




Matthieu Kassovitz n’a pas attendu la dernière cérémonie des César pour envoyer à la gueule de la profession sa façon de penser. Alors qu’il arrive avec son crew de La Haine sur la plage du Martinez, le réalisateur français porte une snapback qui laisse présager que Monsieur n’est pas décidé à se plier aux codes vestimentaires festivaliers. Il achèvera sa semaine cannoise streetwear en débarquant au photocall tout en décontraction, sweat XL sur les épaules. 




La panoplie “Highlands” de Peter Mullan – 1998



Récompensé par le Prix d’interprétation masculine pour son rôle dans My Name is Joe de Ken Loach, Peter Mullan a voulu faire un clin d’œil à ses ancêtres des Hautes Terres d’Écosse. Sans tomber dans la caricature, l’acteur écossais a fait le pari du tradi, et a récupéré son prix en veste blanche de smoking sur kilt, respect.




La cravate texane et chemise mexicaine de Wim Wenders – 2005



En course pour la Palme avec Don’t Come Knocking, relatant l’histoire d’un acteur de western, le réalisateur allemand se la joue bon élève au moment de gravir les marches. Chemise à motifs flamenco, cravate texane, comme tout droit sorti du désert du Nevada, Wim a enfilé son “costume promo” pour représenter au mieux son film.




Isaac de Bankolé en boubou – 2005




Accompagné par la charmante Bryce Dallas Howard avec qui il partage l’affiche de Mandarlay, l’acteur ivoirien s’est paré d’un costume traditionnel Attié en vue de l’ascension des 24 marches. Rarement une tentative aussi audacieuse avait accouché d’une telle prestance et élégance sur le tapis rouge.   




L’ensemble Madras de Bill Murray – 2012




Le dernier coup d’éclat sur le tapis rouge est tout frais. Il est l’oeuvre de l’immense acteur américain Bill Murray. Des carreaux, des rayures, un panel de couleurs vives, Bill a joué la carte de l’exotisme et des matières légères. Suivi dans son élan d’originalité par ses acolytes de Moonrise Kingdom, pour ce qui est, pour l’instant, le climax vestimentaire de l’édition 2012 (loin, très loin, devant ça).



Even the Divine wrath can’t prevent it from happening : these ten days are dedicated to cinema, champaign, evening dresses and 7th art superstars. More than never, the Cannes’ Festival is the best tribune for those who want to sports their finest arrays and show the entire World their clothing convictions.



BONUS : Florilège de silhouettes cannoises dans l’image bank 

GM