Dans un quadrilatère magique s’étirant entre Arles, le bas des Cevennes, les Landes, et Perpignan, autour de l’épicentre la Camargue, l’animal roi est définitivement le taureau.
Corrida, fêtes votives, course camarguaise, encierro, abrivado, que la valse entre l’homme et l’animal se déroule dans une arène, dans les ruelles d’un village, le temps de quelques jours ou durant plusieurs mois, les gardians ne sont jamais bien loin.


A pied ou perchés sur un cheval, ils sont aisément repérables à leur code vestimentaire strict qui détonne avec le relâchement trop souvent à l’œuvre en ces périodes de fêtes votives (ceux qui ont testé savent, pour les autres un aperçu).


Fascinés par cet univers, on est parti à la rencontre de l’un d’entre eux.


Samir est gardian dans la manade du Mas des Pauvres, à Mauguio, près de Montpellier. Il nous embarque sur la banquette de son estafette avec son fils, Lucas, qui joue les timides à l’arrière. Gardian depuis presque toujours, Samir est venu aux taureaux par la course camarguaise, qu’il a pratiquée ado, mais  élève aussi des chevaux. Il nous emmène justement voir une de ses montures.



Sur le chemin il reprend les bases : « une manade est un élevage de taureaux et de chevaux (…) le proprio des bêtes est le manadier, ses employés sont des gardians ou des apprentis. » Les gardians sont la cheville ouvrière de cette profession ancestrale : ils bichonnent les taureaux, les marquent, les déplacent, et surtout, les encadrent et les accompagnent, à pied ou à cheval, à chacune des sorties dans les fêtes taurines qui rythment l’été sudiste.




Lucas, d’un coup beaucoup moins timide, décortique avec son père la tenue chère aux gardians. « D’abord des bottes ou des bottines en cuir, sans lacets, pièges à saletés dans les champs et la boue. Un pantalon qui ne nous quitte jamais, même lorsque l’on est pas de sortie, et qu’on va simplement travailler à la manade », expliquent-ils. Ces pantalons en moleskine de coton peuvent être blancs, beiges ou noirs, et sont reconnaissables au liseré noir latéral et à leur coupe moulante, la mieux adaptée pour monter à cheval. « Le plus souvent c’est un Mistral, une marque nîmoise, ils sont increvables » glisse Samir.



A l’origine, les gardians portaient la liquette blanche et immaculée, mais rapidement une marque haute en couleur s’est imposée dans les manades : Souleïado. Véritable institution dans le sud de la France, descendante directe des indienneurs provencaux, la marque fleure bon les cigales et le pastis. « Aujourd’hui, la jeune génération, dont je fais partie, préfère revenir à des motifs plus classiques, de petits carreaux ou unis, on trouve ça plus élégant, mais beaucoup continuent à porter des Souleïado. J’en ai plein le placard d’ailleurs, mais je n’en mets plus beaucoup », sourit Samir. Son fils en arbore une bleu roi, qu’il porte rentrée dans le pantalon et les manches retroussées, exactement comme son père, la seule vraie manière de porter une chemise quand tu veux bosser.


Les jours de fête ou en certaines occasions spéciales, cette tenue peut être agrémentée de quelques accessoires bien sentis. Un gilet et une veste, noirs et en velours palatine, viennent parfois couvrir la chemise, finissant d’habiller le cavalier. La cravate texane (en cuir c’est encore mieux) est régulièrement de mise, alors qu’un Stetson sombre parachève souvent la silhouette de ces cowboys français. Cette sophistication n’est pas récente chez les gardians, “ce code vestimentaire existait déjà au début du siècle, et il a très peu évolué depuis”, insiste Samir.


Les étoffes fièrement portées par les gardians transpirent la robustesse, la praticité et débouchent sur une élégance brute de décoffrage, mais où chaque pièce est a sa place et possède son utilité. Le plus fascinant est sans doute qu’une bonne partie de ces effets ne soit pas réservée aux jours de parade : ils accompagnent les gardians dans leurs vies de tous les jours, faisant d’eux le corps de métier le mieux sapé du sud de la France.





In a magic square sprawling from Arles to the Landes passing by Perpignan and the Camargue, the bull is definitly the favorite animal. Corrida, “camarguaise » run, encierro, abrivado, wherever the danse between bull and human takes place, the “gardians” are never far away. On or off a horse, you can easily spot them by the way they dress, that is setting them apart from too many of the participants of these bulls fests.


I always have been fascinated by this universe, so I went and met one of these french cowboys in south of France.


Samir is gardian in the “manade” of the Mas des Pauvres, in Mauguio, near of Montpellier. He takes me on board into his van with his son Lucas on the back seat. On the way he sums up for me : “a manade is a bulls and horses farm (…) The owner is called the ‘manadier’, and his employees are some ‘gardians’”. In other words, these lasts are the bridge of this ancestral occupation : they pamper, brand, move, and accompany the bulls in each of the fests all along the hot season.


The dad and his son look over the gardians’ outfit. “First of all, boots without laces which could catch dirts in fields. Then pants we never quit, even when we just work at the manade”, told they. These pants are made in moleskine can be white, beige or black, and are recognizable by the black edging on the sides and by their skin-tight cut. “Most of the time, it’s a Mistral, a brand from Nîmes, they are puncture proof”, adds Samir.


Back in the days, the gardians wore the shirt white and immaculate, but quickly a high-color brand colonized the manades : Souleïado. True institution in the south of France, this brand smells cicada and Pastis. “My generation prefers to wear more classic patterns, small checks or plain ones. We find it more elegant, but some still sports Souleïado. I got many of some in my closet, but I rarely wear one of them”, smiles Samir. His son sports a blue one, in the pants and tucked up sleeves, the only way to wear a shirt when you want have to work.


For the fest days or for special occasions, this outfit can be embellished by few accessories. A vest and a jacket, both in black “palatine” velvet, can cover the shirt. A bolo tie (leather is better) is sometimes in, too. A dark Stetson often complete the silhouette of these french cowboys. This sophistication isn’t recent at all : “this sartorial code already existed one century ago, and didn’t evolve”, insists Samir.


Proudly worn by the gardians, the patterns inspire robustness and come out onto a raw elegance in which each piece fits in his perfect place. The most fascinating fact might be that most of these clothes are not only for parade days : the accompany the gardians in their all day work, making them the best dressed profession of the south of France.


Texte et photos GD