7h45. Matteo s’est encore levé en retard. Habillé en 2 minutes chrono, son allure est débraillée et complètement dépareillée mais d’une redoutable simplicité. Le jeune homme connaît Milan comme sa poche, c’est le pas assuré mais léger et l’esprit vagabond qu’il se rend à son rendez-vous. Derrière la banalité de sa silhouette se dessine un équilibre parfait où rien n’est laissé au hasard.

PRADA




Aki se pose quelques minutes pour apprécier l’ambiance de cette place qui lui rappelle tant le mercato central de Florence où il était hier encore. Les odeurs qui s’échappent du marché ont un effet hypnotisant, et il a l’impression de flotter dans une mer de nuages. Des mois qu’il préparait sous toutes les coutures ce périple en Europe. Sac à dos, casquette, pantalon en nylon technique, il s’est suréquipé pour ne manquer de rien et que tout soit parfait. Jusqu’ici tout va bien.

KENZO





Roddy passe en trombe à quelques centimètres à peine du Japonais. Le jeune patron londonien n’est pas là pour flâner et lui aussi voyage efficace, sans jamais se séparer de son écharpe tartan et de son costume croisé. Mais entre deux journées harassantes, il a des envies d’ailleurs, comme en témoignent ces peaux de bête qui ornent ses souliers et son sac.

BURBERRY




8h. Comme tous les matins, Giorgio est fidèle au poste, ristretto à la main, toisant de son oeil torve la ville en train de s’éveiller. Il l’a mérité ce complet volumineux et tape à l’oeil, lui qui a commencé tout en bas de l’échelle, les mains dans la merde. Maintenant qu’il est l’un des personnages les plus respectés et les plus craints de la ville, il a tout un paquet de « petits » qui bossent pour lui.

VERSACE



Guiseppe a suivi Giorgio depuis chez lui jusqu’à la terrasse du café. Il y a quelques jours encore, il était l’un des « petits » du nouveau boss du centre ville. Jusqu’à ce que ce dernier décide de faire assassiner le curé. Guiseppe pense à la lame qu’il a fixée contre son mollet. Il tire sur sa clope en tapotant sur le mur de pierre. Buter un saint homme saint et croire qu’on va s’en tirer… Le vent s’engouffre par les manches dans son tee-shirt trop large et la vierge Marie se soulève lentement. Il est prêt, cet enfoiré va payer.

DOLCE & GABBANA





Texte et illustrations AP